
Quand dans mon titre vous avez lu “à la recherche de la nouvelle star”, je ne parle pas de l'emission TV bien sur, mais d'un procédé pour trouver le talent en allant le chercher là où il se trouve. Depuis la création de la musique jamaïquaine, les jamaïquains ont compris l'intérêt d'exporter leur culture à travers la musique . Ils ont appris à la vendre mais aussi à la fabriquer. On peut être le meilleur producteur du monde, sans chanteur, toaster et musicien, on ira pas bien loin !
Alors pour arriver à former ceux qui vous font vibrer depuis plus de 50 ans, ils ont attaqué le problème à la racine, c'est à dire dès le plus jeune âge.
La Jamaïque est le pays qui possède le plus grand nombre d'églises au kilomètre carré dans le monde. La formation musicale que l'on reçoit dès l'enfance se passe dans les chorales, ce qui est déjà très intéressant, parfois même déterminant dans l'orientation et les aptitudes du futur artiste. Mais si cet éveil est complété par des cours ou soutenu par le programme scolaire, je dirais qu'on dispose déjà d'une prise en charge non seulement parentale mais aussi au niveau du système socio-educatif du pays, on a donc un pourcentage de réussite record.
Une révolution que nous n'avons jamais connu en France.
Il faut savoir par exemple qu'en Jamaïque, chaque année depuis le collège, les éléves peuvent s'inscrire pour participer à un podium de jeunes talents. S'ils gagnent, ils pourront monter sur un plus gros podium pour rencontrer les gagnants des autres écoles et ainsi de suite, pour déterminer finalement celui qui a le plus de popularité et de talent.
Des podiums de nouveaux talents il en existe plein en Jamaïque, ceux de l'école, du quartier, de la commune, de la paroisse , de la radio, de la télévision, des sponsorisés des autres non, sans oublier l'école des sound system encore plus rude à mon sens.
Dès 1966, The Independence Festival Song récompense les nouveaux talents comme The Maytals avec Bam Bam, Eric Donaldson avec Cherry Oh Baby en 1971, Freddie McKay avec Dance This Ya Festival en 1976. Bob Marley a d'ailleurs commencé de cette manière à partir de la fin des années 60, de podium en podium, avant d'avoir la chance de trouver une bonne âme pour l'amener en studio à la rencontre d'un producteur. Ken Boothe, un autre pilier de la musique Jamaiquaine, a remporté son premier podium à l'âge de 8 ans. Plus récemment, Gyptian a remporté en 2004 le Star Search Talent Competition (Kens Wild Flower Lounge / Portmore) ou encore Romain Virgo qui a lui remporté le Digicel Rising Stars.
Evidemment, je vous donne des exemples de chanteurs vedettes, mais il en est de même pour les musiciens ou les bands jamaïquains.
En réfléchissant sur l'écriture de cet article et avec le recul nécessaire sur ma propre vie, j'ai vite compris que le système dans lequel je suis né et dans lequel j'ai grandi, comme beaucoup d'entre vous, n'a pas favorisé la détection de mes talents, mais les a plutot bridé ! Ce n'est déjà pas simple d'entrevoir une carrière artistique en France , mais s'engager dans le Reggae est encore plus complexe car pas à la portée de tout le monde,pour des raisons culturelles évidentes, mais aussi parce que son apprentissage est un parcours du combattant.
Comment faire pour préparer un meilleur avenir à nos enfants ?
Maintenant que je suis devenu à mon tour responsable d'enfants, espérant secrètement les voir grandir dans ce milieu culturel et musical, je me pose des questions sur leur avenir, comment puis-je recréer cet environnement, un système comme celui de la Jamaïque?
Séparons-les en deux groupes, ceux qui grandissent déjà depuis quelques années à nos cotés et qui ont développé des talents pour la musique, et les autres, ceux qui n'ont pas vraiment cette chance et devront rattraper un retard certain.
La première chose serait de les inscrire à partir de 4 ans dans des cours d'éveil à la musique, ou de faire les cours soi même. Qu'ils puissent déjà découvrir de nombreux instruments, le rythme, la mélodie, la voix, le chant, les notes aigues, les notes graves, les différents styles de musique et qu'ils puissent apprendre la coordination entre le son et le mouvement. Il existe des livres spécialisés sur l'eveil musical que j'ai eu l'occasion de feuilleter pour préparer mon article et qui représentent déjà une bonne base.
Il faudrait ensuite demander à des associations dont la vocation est la diffusion du reggae de proposer des ateliers dans les écoles et la possibilité de proposer un spectacle de fin d'année pour mesurer la progression des élèves.
Je m'amuse en lisant une lettre du politicien Xavier Darcos, publié en 2008 sur le site de l'éducation nationnale qui contenait ce message :
“L’Éducation nationale aime la musique. Elle aime toutes les musiques et se donne les moyens de les faire découvrir aux élèves qu'elle éduque. .../... En effet, la musique à l'école ne se réduit pas à ces quelques concerts de flûte à bec plus ou moins dissonants qui hantent l'imaginaire collectif. Non, il s'agit d'une image d'Épinal qui appartient définitivement au passé. Aujourd'hui, grâce à l'engagement des enseignants, tous les écoliers et tous les collégiens apprennent à écouter, acquièrent des repères culturels et s'initient à la pratique d'un instrument.”
Si vraiment il veut leur apprendre quelque chose, nous sommes beaucoup à pouvoir participer à son programme en gardant à l'esprit notre but final.
Il faudrait aussi proposer aux municipalités d'inclure dans leur fête de quartier ou communale ce fameux podium nouveau talent avec un jury constitué de professionnels qui auraientt tout intérêt à surveiller de près la naissance de futurs artistes. Et si les municipalités ne souhaitent pas participer, autant organiser nous même ce genre de manifestation qui je le pense auront un caractère plus bénéfique que nos traditionnels sound system trop underground et mal vu par la population.
Je ne vais évidemment pas occulter le rôle de nos médias, presse, radio, Internet, qui ont évidemment un rôle important à jouer dans la présentation des plus jeunes artistes. J'ai remarqué que peu de média font une place aux nouveaux talents. On attends toujours d'avoir le disque ou le clip vidéo pour faire la promotion des artistes, on se limite souvent aux artistes confirmés (ceux qui sont vendeurs), mais on oublie tous ceux qui sont l'avenir de notre musique, on ne les questionne pas sur leurs difficultés et leurs attentes. En bémol, je vais dire qu'on est en progrès puisque des sites comme Pepsee, ou Kalott Lyrical font un travail de fond pour présenter des portraits sérieux d'artistes en devenir, mais la route est longue encore et je dirais que cela ne coûte pas grand chose de prévoir une catégorie dans son site pour ce type de présentation.
J'ai noté aussi le travail de la radio KS One qui fait un travail de fond avec les jeunes artistes. J.S.L (Joué Son Lokal) propose des soirées découvertes jeunes talents à Paris et une récompense, le LMA (Lokal Muzik Awards), ils défendent aussi la diffusion d'oeuvres francophones ou locales sur les médias, histoire que les ondes ne soient pas 100% jamaiquaine.
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Mixey.fr fait aussi un gros travail en Métropole. La radio RBR en Martinique et Selekta Taliban propose Kreol Ka Tounin . Le KKT a pour but de favoriser l'échange culturel entre les différentes générations et repose sur un concours de chant dont les phases éliminatoires voient les participants proposer des morceaux de leur composition au cours de l'émission Hot Frequency.
Vous vous dites : mais il me semble que plus jeune ça existait déjà cette formule type radio crochet? Oui, vous n'avez pas tord ! Mais regardez bien aujourd'hui dans ce type de manifestation il ne reste plus que l'élection des mini miss, à la radio ça n'existe plus vraiment et à la télévision j'ai juste pas envie de décrire le niveau de médiocrité de ce qui nous est proposé.
Pour conclure, la Jamaïque, grâce à sa revolution culturelle a construit un veritable système d'apprentissage de la musique basé sur des échanges multi-générationnels et cela à tous les niveaux. C'est tout un peuple allant dans une même direction avec une vocation commune: construire un pont vers l'extérieur et montrer au monde qu'il est possible de se construire (et là je ne parle pas que de musique).
J'ai l'espoir de voir un jour les choses changer pour nous. Pas seulement se contenter de le dire, mais d'agir simplement, avec nos moyens et en touchant d'abord les personnes autour de nous. Evidemment c'est un effort collectif, qui ne laisse pas de place aux petites guerres internes et aux jalousies diverses et variées qui peuplent habituellement notre quotidien. Alors pour tous ceux qui ont déjà emprunté ce chemin, et pour tous ceux qui vont nous rejoindre, gardons le cap !
P.S : Si vous avez d'autres idées ou piste de réflexion,n'hésitez pas à commenter.
Talent show / Talent Quest / Singing Competition
« Les Chroniques A Moment In Life sont des réflexions de Xavier S. sur la culture et l’industrie Reggae Dancehall. Elles engagent les opinions de leur auteur, et pas nécessairement celles de l’ensemble de la rédaction de DAViBEJamaica »









