Tribute : Les Heptones !

Tribute : Les Heptones !
Écrit par  Jess Clarke le Samedi 26 Novembre 2011 à 17:21
Incontestablement l’un des groupes vocaux les plus appréciés du public, The Heptones demeurent depuis plus de 40 ans une référence pour les amoureux de reggae. Grâce à leur talent, ils nous ont offert une œuvre tant considérable que variée qui reflète parfaitement l’histoire de la musique Jamaïquaine à travers plusieurs styles et différentes époques.

heptones-tribute

Tout a commencé au milieu des années 1960 quand Earl Morgan forme avec Joseph Forrester, Jackson Jones, Glen Adams et Barry Llewellyn le groupe Earl Morgan & The Swinging Squirrels puis le groupe The Selastians. Après quelques concerts, Barry Llewellyn et Earl Morgan, passent leur première audition au studio Treasure Isle. Duke Reid refuse de les enregistrer, ils décident alors de recruter Leroy Sibbles (prononcez Sibelize). Ils forment ainsi The Heptones et signent avec Ken Lack, patron du label Caltone.

Pour l’anecdote, le nom du groupe est inspiré par un groupe de soul américain des années 50 formé dans le quartier d’Harlem à New York, The Harptones (http://www.theoriginal-harptones.com).

 

Ils enregistrent leurs premiers morceaux, le tube « School Girls » accompagnés par Tommy McCook & The Supersonics et « Gun Man Coming to Town ». La mélodie de « Gun Man Coming to Town » est inspirée par l’ouverture de l’opéra « Guillaume Tell » de Rossini. Ce morceau remporte un succès considérable en Jamaïque et ils sont immédiatement inclus dans la playlist de RJR (Radio Jamaica Rediffusion). Cela renforce la détermination du groupe. Leroy Sibbles décide de s’acheter une guitare avec l’argent qu’il a gagné, et prend des cours avec un rasta du nom de Huntly, ce qui lui permet d’apprendre les bases et de composer ses premiers morceaux et arrangements.

Leroy Sibbles raconte : « Everywhere you saw me I had my guitar back then. I wouldn't go nowhere without it. I would be writing songs, and inspiration would be flowing like water, anywhere... daytime, nighttime, wherever I am. »

The Heptones habitent à Trenchtown qui constitue à cette époque un foyer vivant de la musique jamaïcaine, une sorte de laboratoire du rocksteady qui connaît ces années-là un succès fulgurant mais éphémère. Ils y côtoient ainsi des groupes aussi prestigieux que The Pioneers, The Gaylads, The Paragons, The Hamlins, The Uniques ou encore The Techniques. Ils écoutent le ska de Bob Marley, Toots and The Maytals ou encore Delroy Wilson, mais cherchent sous l’impulsion de Leroy Sibbles à produire leur propre son. Le travail quotidien de Sibbles qui raconte qu’il y passait jour et nuit va rapidement porter ses fruits puisqu’il signe avec Clement "Coxsone" Dodd pour le label Studio One. Cette collaboration durera de 1966 à 1972, des années que l’on sait de transition entre le début du rocksteady, le early reggae et le roots.

 

En 1967, The Heptones chantent ‘Fattie Fattie’. Cette chanson fut immédiatement interdite en radio car jugée trop vulgaire (ce qui je vous l’accorde ne signifie pas grand-chose à cette époque). Cette chanson a été inspirée par une certaine Miss B que Leroy Sibbles a vu descendre dans sa rue pendant qu’il travaillait sur les compositions du groupe. Ce titre constitue pourtant un des véritables chef d’œuvre du groupe et sera joué pendant près d’un an dans toute l’île et participera également à la réputation de Studio One et de son producteur.

Leroy Sibbles dit à propos de cette chanson : « Elle était petite et grosse, et marchait un peu en se dandinant. Je l’ai vue là et toute la chanson s’est mise en place. Je me suis mis à chanter que je voulais une fille ronde ‘I need a fat girl’, ce qui est plutôt un compliment en Jamaïque. » (Source : Bass Culture)

Toujours en 1967, sort le premier album du groupe sous le nom « Heptones » produit par Coxsone. On y retrouve « Fattie Fattie » et quelques singles déjà édités précédemment comme ce fut longtemps la tradition en Jamaïque, faute de moyens. Cet album sera ensuite réédité sous le nom « Fattie Fattie » en 1996 avec deux morceaux supplémentaires « Why Did You Leave ? ” et “Get in the Groove”.

Leroy Sibbles prend dorénavant une place importante dans le studio grâce notamment aux encouragements de Jackie Mittoo, qui à l’époque joue du piano et fait les arrangements pour la formation Studio One appelée Soul Vendors ou Sound Dimension. De plus, Mittoo a besoin d’un bassiste pour ses concerts et recrute Leroy. Mittoo et Sibbles deviennent les deux directeurs musicaux du label Studio One et quand Mittoo quitte le studio c’est Leroy qui prend en charge les arrangements, les harmonies et la basse pour la plupart des chanteurs ou groupes du label : Bob Andy, Alton Ellis, Horace Andy, Carlton Manning, The Abyssinians, The Gladiators, Willi Williams, Ken Boothe, John Holt, Burning Spear, Dennis Brown, Slim Smith et beaucoup d’autres encore.

 

• A l'écoute : The Heptones - Sweet Talking - 1969

Son talent est indiscutable, il est à l’origine de beaucoup de classiques du reggae comme « Queen of Minstrel » et « Stars » de Cornell Campbell, « Declaration of Rights » des Abyssinians, « Door Peep » de Burning Spear, et de riddims comme « Real Rock » et « Full Up ».

Full Up constitue à ce propos un riddim très populaire puisque sujet à de nombreuses reprises comme celle interprétée par Musical Youth « Pass The Dutchie » (1982) inspirée de « Pass the Kutchie » des Mighty Diamonds (1981).

Quant au riddim « Real Rock » (1968), que l’on retrouve sur la face B du single d’Al Campbell « Don't Run Away », il sera immortalisé par Horace Andy sur le classique « Mr Bassie » (1976), par Willi Williams sur « Armagideon Time » (1979) ou encore dans une version plus « internationale » par le groupe The Clash (1980). La particularité du Real Rock pour cette époque est cette ligne de basse massive et appuyée qui donne ce son rocksteady typique de The Heptones. Ce riddim sera repris dans plus de 250 versions.

La même année que le Real Rock (1968) sort le deuxième album de The Heptones : « On Top ». Un album qui pour beaucoup demeure une référence du son rocksteady / reggae, il comprend des morceaux devenus des classiques comme : « Equal Rights », « Pretty looks isn’t all * », « Party Time » et le terrible « I Hold the Handle ». On y retrouve aussi quelques morceaux influencés par le R&B comme « Pure Sorrow » ou « Soul & Power ». A son écoute, on comprend mieux cette période charnière entre le style rude boy et les débuts du early reggae avec des textes qui décrivent avec lucidité la condition de la population noire.

En 1970 le groupe sort l’album « Black is Black » également intitulé « Ting A Ling » car il comporte le morceau rude boy « Ting a Ling » qui fut un véritable succès lors de sa sortie en 45t. En 1971 ils sortent un autre album du nom de « Freedom Line ».

L’entente entre Leroy Sibbles et Coxsone se dégrade. Leroy souffre d’un manque de reconnaissance pour son travail, trouve que Coxsone n’est qu’un producteur « exécutif ». De plus on sait que Coxsone payait mal ou rarement. Rapidement le groupe décide de travailler avec d’autres studios et d’autres producteurs.

Leroy Sibbles se souvient : « Dodd ne connaissait pas la différence entre un Sol et un Fa. Il était incapable d'identifier un accord ou une clé, ou d’autres choses équivalentes... Mais il avait le studio et l'argent, ce qui faisait de lui un patron. Le producteur, c'est le type qui est assis à l'intérieur... pénètre son âme pour trouver le truc qui va marcher. »

Et c’est avec Lee Perry, Harry Johnson (Studio Harry J, à qui l’ont doit le riddim "Cuss Cuss"), Sonia Pottinger, Jojo Hookim (Channel One), Niney The Observer (Label Observer), Clive Chin, Gussie Clarke (Label Gussie), Lloyd Campbell, Prince Buster, Ossie Hibbert, Phil Pratt, Harry Mudie, Danny Holloway, Joe Gibbs et d’autres encore qu’il travaille ensuite.

C’est en 1970 que le groupe The Heptones sort « Book of Rules » sur le label Trojan produit par Harry J. Entre 1971 et 1972, ils signent avec Prince Buster deux classiques « Our Day will Come » et « God Bless the Children », en 1975 il signe à nouveau avec Harry J pour l’album « Cool Rasta ».

 

• A l'écoute : The Heptones - Book Of Rules - 1973

Mais c’est leur collaboration avec le producteur Joe Gibbs et son tout nouvel ingénieur Lee Perry (qui lui aussi a quitté le label Studio One) qui donnera sûrement leurs plus gros hits quelques années plus tard : « Sufferer’s Time », « Mr. President », ou « I Shall be Released » sur une reprise de Bob Dylan par exemple, tous présents sur l’album « Party Time ».

Leroy Sibbles ajoute : « Je suis la première personne à avoir aidé Joe Gibbs dans le business de la musique quand il est arrivé à Kingston Downtown et ouvrit une petite boutique d’électronique où l’ont faisait réparer des postes de radio et d’autres choses. Joe Gibbs m’a appelé pour que je travaille les lignes de basse sur les chansons d’Errol Dunkley…».

La signature avec Danny Holloway et ses productions pour Island Records permettent à The Heptones d’acquérir un statut international avec des albums comme « Night Food » (1976) ou « Party Time » (1977) en collaboration avec Lee Perry. « Party Time » est d’ailleurs une reprise d’un morceau écrit et composé précédemment pour le label Studio One (sur l'album On Top - 1968).

Leroy Sibbles émigre ensuite en 1973 pour le Canada et quitte The Heptones de 1977 à 1995. Il est remplacé par Naggo Morris pour finalement revenir 18 ans plus tard.

De cette dernière période, nous vous conseillons d’écouter le fabuleux album du nom de « Good Life » édité sur le label Greensleeves en 1979 et produit par Joseph Hoo Kim, backé par The Revolutionaries (Channel One).

 

• A l'écoute : The Heptones - How Could I Leave - 1979

Avec plus de 250 titres à leur actif, quelques covers de tube de la Motown comme « Message from a Black Man » des Temptations, « Choice of Colours » de Curtis Mayfield, The Heptones sont un groupe majeur de la scène reggae internationale. Si l’on additionne les contributions de Earl Morgan, Barry Llewellyn et évidemment celles de Leroy Sibbles à la musique jamaïcaine vous comprendrez aisément que leur rôle dans l’évolution du ska au rocksteady mais aussi du rocksteady au reggae est considérable.

En conclusion, cette biographie souhaite rendre hommage à l’un des groupes les plus mythiques de la Jamaïque. Nous ne pouvons ainsi qu’encourager tous les amateurs de ce groupe, de ce son devenu mythique, à rejoindre leurs platines. Que le son de The Heptones rythme la vie de vos voisins comme elle rythme la notre !

 

Notes :

*Repris en 1975 par Cornell Campbell ou The Jays en 1977

Informations :

Barry Llewellyn autrement appelé Barry Black, naquit le 25 décembre 1947. On le connaît surtout comme chanteur pour le groupe The Heptones, mais il a également participé à l’album des Congos « Heart of The Congos » et à celui de Max Romeo « War ina Babylon » où il pose sa voix acompagné de Earl Morgan.

Earl Morgan est né le 25 novembre 1945, chanteur pour beaucoup d’artistes reconnus comme Max Romeo, John Holt, Lee Perry.

Leroy Sibbles est né en 1949, chanteur, arrangeur, compositeur et bassiste, il a commencé sa carrière sur le label Caltone avant de devenir une star chez Studio One dès 1966.

 

Reagissez a cet article en laissant un commentaire

Musique

Let The Peace Reign - Mixtape (Raggadikal Sound)

Let The Peace Reign - Mixtape (Raggadikal Sound)

Mixtape - le 17/05 à 18:30

Écouter
Jahmatazz - DubbyRootz - OneTakeMix

Jahmatazz - DubbyRootz - OneTakeMix

Mixtape - le 17/05 à 18:15

Écouter
Aidonia ft Deablo - Run Road

Aidonia ft Deablo - Run Road

Single - le 16/05 à 06:58

Écouter
Future Fambo - Im Drinking mixtape (dj kenny)

Future Fambo - Im Drinking mixtape (dj kenny)

Mixtape - le 12/05 à 18:15

Écouter

Aller dans Musique

Videos

Alliance Next Generation - Gone Yah Now

le 18/05 à 04:32

Voir

Sizzla Kalonji- Mamma Mek Mi Deh Yah So

le 17/05 à 11:30

Voir

Specialist - Nuh Fraid a no body

le 15/05 à 06:19

Voir

Charly Black - House Party

le 15/05 à 06:15

Voir

Aller dans Videos