
- Comment as-tu commencé à travailler en Jamaïque? Comment Vybz Kartel t'a-t-il contacté?
La 1ère fois que j'ai bossé avec un artiste jamaïcain, c'était sur un son que j'ai fait avec Sizzla Kalonji "Gone too far". Ensuite Kartel a posé un dub pour moi sur ce riddim (skull riddim), et après ça on a fait le son "Yuh Love" sur mon "Smoke machine riddim". C'est moi qui lui ai demandé de faire ce single, et finalement ce son a eu un franc succès. A peu près un an après (juin dernier), je suis allé a Kingston pour enregistrer encore quelques sons avec Kartel et la vibe était bonne donc on a décidé d'élargir cette collaboration et de faire un vrai album, qui est devenu Kingston Story.
- En tant que producteur, quel est le meilleur conseil que tu as donné à Vybz Kartel?
Et bien, Kartel n'a surement pas besoin de conseil de ma part pour l'écriture de ses chansons. Concernant son projet, j'avais des idées sur la mise en forme de l'album. Par exemple, quand je lui ai apporté le riddim pour "Jamaica' (le 1er son de l'album), je lui ai dit que je voyais bien ce son comme étant le 1er sur l'album et je lui ai demandé de faire comme si c'était la 1ère scène d'un film sur Kingston. Je pensais que le visuel pourrait ajouter quelque chose de spécial et je lui ai dit de s'imaginer en train de voler en hélicoptère au dessus de Kingston et de décrire ce qu'il verrait et de raconter ça aux gens qui ne sont jamais allés à Kingston. Et biensûr, Kartel étant Kartel, il a juste freestyle sur ce son en 2 ou 3 fois et on a ensuite recoupé ça ensemble.
En écoute : Vybz Kartel - Jamaica
- Quelle est ton opinion à propos de tout ce drame autour de Vybz Kartel?
Vybz Kartel est peut être un des plus grands artistes du 21ème siècle et je pense qu'il conceptualise les choses de façon très précise. Vous remarquerez qu'il parle toujours de Vybz Kartel à la 3ème personne et il dit faire intentionnellement cette distinction entre Adidja Palmer et Vybz Kartel. Etant donné le cadre, je pense qu'une bonne partie de cette histoire fait partie de son plan, c'est donc un aspect très intéressant de son talent.
- Quelles sont les principales différences entre cet album et les précédents?
Et bien je sais que cet album a été fait pour sortir en tant qu'album, je ne sais pas si c'est le cas pour les autres albums de Kartel. J'imagine que tout le monde doit écouter Kingston Story et écouter ses autres albums pour se faire une opinion.
- Toi même, en tant qu'artiste, on voit que tu t'essayes à pleins de styles, où essaies-tu d'emmener Kartel musicalement?
Et bien vu que je suis connu pour avoir touché différents types de musiques, je pense que certaines personnes voulaient que je fasse un album "Forward thinking" et que je pousse Kartel vers certaines directions musicales, mais pour moi la chose la plus intéressante était d'essayer de faire un album crossover (mélange de genres) avec Kartel qui pourrait rivaliser, en terme de lyrics et de sons, avec les meilleurs albums pop au monde. Pour certains puristes du dancehall ça peut être effrayant. Je pense que beaucoup de gens veulent étouffer la carrière de Kartel. Mais la vérité c'est qu'il est, de nature, un artiste qui évolue constamment, et on a décidé d'explorer la musique avec un esprit ouvert. A la fin, je pense qu'on a réussi à avoir un album pop de qualité.
- Etes-vous considéré par les producteurs jamaïcains?
Je n'ai eu que des encouragements des producteurs que j'ai rencontré, et c'est cool parce que je respecte vraiment tous les producteurs de talent qui taffent dans l'industrie du dancehall. La Jamaïque a tellement de talents partout, c'est impressionnant.
- Avec quel artiste rêves-tu de collaborer, et pourquoi?
J'ai des sons pour Rihanna que je garde pour elle depuis quelques années. J'aimerais travailler avec WAKA FLOCKA.. Avec Omar Souleyman.. Honnêtement, il y a beaucoup de gens avec qui j'aimerais travailler. Globalement j'essaye de travailler avec des gens qui aiment la musique autant que moi et qui ne sont pas dogmatiques sur leur façon de penser la musique et les genres.
- Quels sont tes projets futurs?
Je reste occupé avec mon label, Mixpak Records. En terme de projets Jamaïcains, j'ai des sons en préparation avec Tifa et Natalie Storm. Je taff sur pas mal de projets rap. Et récemment, j'ai travaillé sur des sons pour à peu près 40 personnes, mais cette partie du business n'est tellement pas constante, je fais en sorte de rester occupé avec des projets que je peux contrôler. Suivez le progrès sur www.mixpakrecords.com.
- Comment pourriez-vous décrire l'industrie musicale Jamaicaine?
L'industrie musicale en générale est dans un état critique avec des gens qui sont si habitués à ne pas acheter la musique. Je ne sais pas si le problème va en s'améliorant ou pas, avec tout le respect que j'ai pour la Jamaïque ou la musique Jamaïcaine. Je pense que le business se fait coincer à tous les niveaux, et ça cause des baisses de qualité du produit. Mais d'un autre coté, l'accès pour ceux qui veulent faire du son et enregistrer n'a jamais été si facile. Donc j'imagine que ça dépend à quoi tu donnes le plus de valeur… à une plus grande quantité globale de la production musicale ou à l'art raffiné d'enregistrement et tournage de clips etc… Une partie gagne et l'autre partie s'effondre. Au moins, c'est une période intéressante pour travailler dans l'industrie de la musique, je pense qu'on est dans une période où la créativité et le talent ont une meilleure chance que ce qu'ils n'ont jamais connu.
Propos recueillis par Marie Nakhle










